Chabbat commence au coucher du soleil

Dans le calendrier juif, le jour commence le soir : « il y eut un soir, il y eut un matin » (Genèse 1:5). Chabbat s'ouvre donc le vendredi, au coucher du soleil, la chkia.

Le coucher n'est pas une frontière nette. Juste après lui vient bein hachmachot, « entre les soleils », un moment dont on ne sait s'il appartient encore au vendredi ou déjà au Chabbat. La Michna range l'allumage parmi les gestes qu'on ne fait plus quand ce doute a commencé (Michna Chabbat 2:7). Le Talmud mesure ce doute au temps qu'il faut pour marcher trois quarts de mil (Chabbat 34b) et place la nuit à l'apparition de trois étoiles (Chabbat 35b).

À cela s'ajoute une obligation propre : prendre un peu du vendredi pour l'ajouter au Chabbat. C'est la tossefet Chabbat (Choulhan Aroukh, Orah Hayim 261:2). La Michna Beroura y voit un commandement de la Torah, que le Talmud tire d'un verset sur Kippour (Roch Hachana 9a), et qui vaut à l'entrée comme à la sortie de Chabbat (Michna Beroura 261:19). On n'allume donc pas au coucher du soleil, mais avant.

Un coucher ou deux ?

Le Choulhan Aroukh expose en 261:2 la méthode de Rabbénou Tam : pour lui, il y a deux couchers, et le doute ne commence que bien après que le soleil a disparu (Tossefot sur Chabbat 35a). La Michna Beroura rappelle qu'une grande partie des Richonim, et le Gaon de Vilna, font commencer bein hachmachot dès que le soleil n'est plus visible. Elle en tire une conséquence pratique : avoir fini d'allumer avant le coucher du soleil (Michna Beroura 261:23). Les heures d'allumage publiées, celles de Moed comprises, se comptent depuis ce coucher visible.

Pourquoi 18 minutes ?

Le Choulhan Aroukh ne fixe aucun nombre de minutes pour l'allumage. La Michna Beroura note seulement que l'ajout et bein hachmachot forment ensemble presque une demi-heure (Michna Beroura 261:22). Le délai entre l'allumage et le coucher du soleil est une coutume de communauté.

Pour les 18 minutes, l'explication la plus souvent donnée passe par le mil, l'unité de temps de marche du Talmud. Une glose du Choulhan Aroukh l'évalue à « un tiers d'heure moins un trentième », soit 18 minutes (Orah Hayim 261:1 ; même mesure en 459:2). C'est une explication courante, pas un texte qui imposerait ce chiffre. D'autres villes ont leur propre usage :

LieuAllumage avant le coucherCe que vaut ce chiffre
France, Belgique, Suisse, Royaume-Uni, Amérique du Nord18 minusage le plus répandu en diaspora
Jérusalem40 minusage de la ville
Haïfa30 minusage de la ville
Autres villes d'Israël20 minréglage par défaut de Moed et de Hebcal (Moed met 30 à Petah Tikva et Beer-Sheva)

Hebcal applique les mêmes valeurs par défaut : 18 minutes, 40 à Jérusalem, 30 à Haïfa (aide de Hebcal). Sur Moed, la coutume se règle pour chaque ville : si votre communauté allume 20 ou 30 minutes avant le coucher, l'heure affichée suit ce réglage. Dans les villes d'Israël autres que Jérusalem et Haïfa, les 20 minutes sont un réglage par défaut, pas la coutume établie de la ville : renseignez-vous auprès de votre communauté.

Pourquoi l'heure change chaque vendredi

Le délai est fixe ; le coucher du soleil, non. Il dépend de la date et de la latitude de la ville. À Paris, l'allumage tombe à 16:35 le vendredi 11 décembre 2026, le plus tôt de l'année, et à 21:40 le vendredi 25 juin 2027, le plus tard : plus de cinq heures d'écart.

Vendredi, à ParisCoucher du soleilAllumage (18 min avant)
16 octobre 202618:5918:41
11 décembre 202616:5316:35
19 mars 202719:0118:43
25 juin 202721:5821:40

Deux fois par an, le changement d'heure ajoute un saut. La France passe à l'heure d'hiver le 25 octobre 2026 : l'allumage passe de 18:27 le vendredi 23 octobre à 17:15 le vendredi 30. Elle repasse à l'heure d'été le 28 mars 2027 : de 18:53 le 26 mars à 20:04 le 2 avril.

Plus une ville est au nord, plus l'écart entre l'hiver et l'été se creuse : à Londres, sur la même année, l'allumage va de 15:33 à 21:03. Tous les vendredis de l'année sont dans le tableau Tous les Chabbats à Paris, à imprimer ou à ajouter à votre agenda.

Ce que Moed calcule

  • Le coucher du soleil, par l'algorithme astronomique de la NOAA (bibliothèque KosherZmanim), à partir des coordonnées et du fuseau horaire de la ville.
  • Au niveau de la mer, comme Hebcal et la plupart des calendriers : l'altitude n'entre pas dans le calcul. Corrigé de ses 754 mètres d'altitude, l'allumage de Jérusalem tomberait environ 4 minutes plus tard, donc du côté le moins prudent.
  • Un arrondi prudent : l'allumage s'arrondit toujours à la minute inférieure, la sortie de Chabbat à la minute supérieure. Hebcal arrondit à la minute la plus proche ; c'est ce qui explique une minute d'écart avec lui.
  • La coutume de la ville, que vous pouvez changer.

Le détail des formules est sur la page Méthode et sources. L'heure de ce vendredi pour votre ville est sur la page Horaires de Chabbat.

Le soleil disparaît sous l'horizon de la mer ; au premier plan, sur le rebord d'un balcon de pierre, deux chandeliers de laiton portent des bougies encore éteintes.
Les bougies s'allument avant que le soleil n'ait disparu.

L'allumage lui-même

On allume au moins deux bougies, l'une pour « souviens-toi » (zakhor), l'autre pour « garde » (chamor) ; la glose du Rema ajoute qu'on peut en allumer trois ou quatre, et que c'est l'usage (Orah Hayim 263:1). Hommes et femmes sont tenus d'avoir une lumière allumée chez eux le Chabbat (263:2), et les femmes y sont plus particulièrement tenues, parce que la maison est le plus souvent à leur charge (263:3).

Le Choulhan Aroukh fait réciter la bénédiction au moment d'allumer. L'usage rapporté par le Rema est d'allumer d'abord, de placer les mains devant les flammes, de réciter la bénédiction, puis de les retirer (Rema, 263:5). Selon l'usage que rapporte encore le Rema, celle qui allume reçoit Chabbat par cet allumage (Rema, 263:10) : une fois les bougies allumées, elle ne fait plus de travail interdit.

Et si l'on n'a pas allumé à temps ?

Après le coucher du soleil, on n'allume plus soi-même : le doute de bein hachmachot a commencé (Michna Chabbat 2:7). Le Choulhan Aroukh permet seulement, pendant ce temps de doute, de demander à un non-Juif d'allumer pour les besoins du Chabbat (Orah Hayim 261:1). Qui compte selon Rabbénou Tam a un peu plus de marge, et les décisionnaires discutent jusqu'où s'y fier (261:2 et Michna Beroura 261:23).

Celle qui a oublié une fois d'allumer allume ensuite, toute sa vie, trois bougies (Rema, 263:1). La Michna Beroura précise : celle qui en allumait déjà trois passe à quatre, chaque nouvel oubli ajoute une bougie, et rien ne s'ajoute si elle a été empêchée par une contrainte réelle (Michna Beroura 263:7).

Chaque situation dépend de l'heure exacte et des circonstances. Pour une décision halakhique, consultez votre rabbin.

Et la sortie de Chabbat ?

Chabbat se termine le samedi soir, quand trois petites étoiles rapprochées sont visibles (Orah Hayim 293:2). Moed place ce moment quand le soleil est à 8,5° sous l'horizon, comme Hebcal : 19:45 à Paris le samedi 17 octobre 2026. Ceux qui suivent Rabbénou Tam attendent 72 minutes après le coucher du soleil, soit 20:10 ce même soir. Les deux méthodes sont expliquées dans La sortie de Chabbat : 8,5° ou Rabbénou Tam ?